2. Actualités thérapeutiques dans le traitement des infections fongiques
(Dr Thiebaut, Hospices Civils de Lyon)

Les infections fongiques systémiques, dont l'incidence s'est considérablement accrue au cours des dernières, sont grevées d'une lourde morbi-mortalité, en particulier chez les patients immunodéprimés. En effet, on note que 5 à 10% des patients neutropéniques au long cours présentent une aspergillose pulmonaire prouvée, avec une mortalité variant entre 50 et 70% pour les neutropéniques profonds, et jusqu’à 100% chez les allogreffés.

1/ Mise en évidence d'une infection fongique pulmonaire

Le diagnostic d'infection fongique est le plus souvent envisagé devant une fièvre ne cédant pas à une antibiothérapie à large spectre. Des symptômes non spécifiques tels que toux, dyspnée,… peuvent accompagner une infection fongique pulmonaire. Cependant, l'absence de réaction inflammatoire et un poumon normal à l'auscultation ne peuvent permettre d'en exclure la présence. Seule la biopsie pulmonaire avec examen histologique permet de poser le diagnostic de certitude d'infection fongique pulmonaire. Le problème est que cet examen est lourd et qu'on hésite beaucoup à l'utiliser chez des patients neutropéniques, du fait de leur fragilité. Si bien que le plus souvent, le diagnostic est probabiliste, avec un faisceau d’arguments cliniques, radiologiques et mycologiques.

2/ Les différentes classes d'antifongiques

Entre 1950 et 1990, le thérapeute avait à sa disposition peu de molécules ayant une activité antifongique démontrée pour traiter les infections qu'il rencontrait. Mais depuis le début des années 90, de nombreuses molécules ont été développées et mises sur le marché.

3/ Les formulations lipidiques d'amphotéricine B

Depuis plusieurs années, de nombreux travaux ont cherché à améliorer l'index thérapeutique de l'amphotéricine B. Les propriétés physicochimiques de la molécule, et notamment son caractère lipophile, ont permis d'envisager et de développer différentes formes d’association à des structures lipidiques comme principe de vectorisation.

On trouve actuellement 3 formulations lipidiques d'amphotéricine B :

Quatre essais randomisés évaluant l'efficacité de l'AmbisomeÒ par rapport à celle de l'amphotéricine B, ont été publiés. Deux essais ont testé l'AmbisomeÒ en tant que traitement curatif. Les 2 autres testaient l'AmbisomeÒ en traitement empirique. Une seule étude (essai Prentice) montrait une légère significativité (en faveur de l'AmbisomeÒ ) en terme de réponse clinique. Par contre tous les essais ont montré une meilleure tolérance dans le groupe AmbisomeÒ , avec une nette diminution d'effets indésirables type fièvre, frissons, troubles cardiorespiratoires, néphrotoxicité, …

L’efficacité d’AbelcetÒ n’a été étudiée par aucun essai randomisé. L’ensemble des études ouvertes regroupent 151 patients avec une réponse globale de 40%.

Cette efficacité a été comparée à celle de l’amphotéricine B conventionnelle chez 91 patients, mais il s’agissait d’une série historique. Le taux de réponse complètes et partielles observé pour AbelcetÒ est deux fois supérieur à celui mis en évidence pour amphotéricine B (20%). Cependant, la méthodologie peu rigoureuse de ces études ne permet pas d’en valider les conclusions.

Un essai randomisé comparant AbelcetÒ et AmbisomeÒ en traitement empirique, a été présenté en début d'année au 9ème congrès "Focus on fungal infections". Cet essai comportait 3 bras :

Les résultats sont en faveur de l'AmbisomeÒ pour ce qui est de la tolérance du produit, l'AmbisomeÒ 5 mg étant aussi bien toléré que l'AmbisomeÒ 3 mg. (Pas de données sur l'efficacité des traitements)

Une deuxième étude testait AbelcetÒ versus AmbisomeÒ , en traitement curatif. Il n’y a pas de différence significative entre les deux bras pour ce qui est de la réponse globale, mais toujours une meilleure tolérance (néphrotoxicité et intolérance à la perfusion) pour l'AmbisomeÒ .

AbelcetÒ et AmbisomeÒ sont tous les deux indiqués dans le traitement des mycoses systémiques et/ou profondes, à Aspergillus et à Candida, chez l'adulte et l'enfant, ayant développé une insuffisance rénale sous amphotéricine B.

L'AmbisomeÒ est aussi indiquée dans le traitement des leishmanioses viscérales

4/ Conclusion

Malgré le nombre croissant de produits mis à la disposition du thérapeute, l'infection fongique reste une "pathologie" à forte mortalité, difficile à traiter du fait de la nature même de la population touchée. L'arrivée de nouvelles molécules, voire même de nouvelles formulations de molécules anciennes, permettent d'espérer des thérapeutiques de plus en plus efficaces et bien tolérées, mais aussi de plus en plus onéreuses. De nombreux essais cliniques sont en cours, et dans l'attente de ces résultats, il reste nécessaire de respecter les AMM des produits actuellement disponibles.

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