Toxicologie
de CATASTROPHE
Médecin Capitaine JM
SAPORI
Hôpital Edouard Herriot, 69437 Lyon Cedex 03
1.
ORGANISATION GENERALE EN CAS DE CATASTROPHE TOXIQUE.
I) LES DIFFERENTES
SITUATIONS DE CATASTROPHES ET LEUR GESTION
Rappel : catastrophe ® = phénomène gravement et brutalement destructeur
dun ensemble habituellement stable et harmonieux entre
lhomme et son environnement.
- accident
catastrophique à effet limité. Le plus fréquent = quotidien amplifié.
Type = accident de car, explosion localisée dans une
usine
Coordination à léchelle :
- départementale (CTA, CODIS).
- catastrophe de
moyenne importance. Type =
accident de chemin de fer, accident technologique
localisé
Coordination à léchelle :
- départementale (CTA, CODIS).
- zonale (EMZ-CIRCOSC).
- grande
catastrophe. Grande
étendue, nombre de victimes supérieur aux possibilités
loco-régionales. Type = séisme.
Coordination à léchelle :
- zonale (EMZ-CIRCOSC).
- nationale (COAD-DDSC, COGIC).
- internationale.
II)
LORGANISATION.
- Les services de
santé et de secours concernés
- Le ministère de lintérieur = La Direction de la Défense et de la
Sécurité Civile (DDSC). Missions : organiser et
coordonner les secours.
- les sapeurs-pompiers (avec en
particulier les CMIC = Cellules Mobiles
dIntervention Chimique).
- les secouristes (Croix-Rouge
Française, Fédération Nationale de la
Protection Civile).
- les centres de déminages.
- les bases
dhélicoptères et davions.
- 3 unités dInstruction
et dintervention de la Sécurité Civile
(UIISC).
- le ministère de la santé = SAMU, hôpitaux.
- le ministère des armées =
- Brigade des
Sapeurs-Pompiers de Paris
- Bataillon des
Marins-Pompiers de Marseille.
- Service de Santé des
Armées et H.I.A.
- Les Plans
- le plan ORSEC.
5 services sont concernés pour sa mise en
uvre : service de secours et de sauvetages,
soins médicaux et entraide, liaisons et
transmissions, police ou gendarmerie, service des
transports et travaux.
Le plan ORSEC est déclenché sur
décision préfectorale. Echelon départemental.
Plans annexes au plan ORSEC =
ORSEC.RAD (radioactivité), SATER (aéronefs), SAMAR (en
mer), POLMAR, SNCF
- le plan rouge (ou Plan Nombreuses
Victimes) = échelle
dune ville.
- les plans spécifiques :
- POI, PPI.
- PSS (plans de secours
spécialisés) type transports de matière
dangereuses.
- plan PIRATOX, Circulaire 700
du SGDN.
- les plans blancs ou ORCA des hôpitaux.
III) RISQUES
TECHNOLOGIQUES
- LA DIRECTIVE
SEVESO (accident de SEVESO du 10 juillet 1976).
Le conseil des ministres
de lenvironnement de la C.E.E., rédige une
" directive concernant les risques
daccident majeur de certaines activités
industrielles ", appelée communément
" Directive
Seveso ".
Transposée secondairement dans la législation
française. Larticle 1° du texte officiel définit
laccident majeur : " Un
événement tel quune émission, un incendie ou une
explosion de caractère majeur, en relation avec un
développement inconttrôlé dune activité
industrielle, entraînant un danger grave, immédiat ou
différé, pour lhomme, à lintérieur ou à
lextérieur de létablissement et/ou pour
lenvironnement et mettant en jeu une ou plusieurs
substances dangereuses ". ® installations industrielles
classées.
- P.O.I./P.P.I.
(conséquences de cette directive)
- lexploitant doit établir un Plan dOpération
Interne (P.O.I.) pour lutter
contre un sinistre interne naffectant pas le
voisinage.
- le préfet doit établir un Plan Particulier
dIntervention (P.P.I.)
mis en uvre dès que laccident interne
atteint ou menace le voisinage.
2.
TOXICOLOGIE INDIVIDUELLE / TOXICOLOGIE DE CATASTROPHE.
I) GENERALITES.
Les substances toxiques potentielles sont
très nombreuses :
® 29.512.665 substances chimiques
sont enregistrées (au 21/2/01) sur la
base de données du Chemical Abstracts Services (CAS-registry) de
lAmerican Chemical Society.
Leur source peut être industrielle, mais
aussi naturelle, avec des circonstances très variées :
- fuite, accident de production / de
transformation / de stockage industriels,
- accident de transport par camion /
par Wagon / par bateau,
- produits abandonnés,
- éventuels accidents domestiques,
- volcans (Cameroun)
- attentat utilisant un produit
chimique, voire une arme chimique (attentat au sarin de
Tokyo).
Les accidents peuvent être uniquement
toxiques ou associer dautres types dagression dues
aux explosions ou aux incendies.
Dans le cadre de la toxicologie de
catastrophe, un tel accident pourrait être représenté par une
intoxication collective par voie respiratoire (touchant une
population importante de plusieurs dizaines de milliers de
personnes, comme lors de Bhopal), avec en cas
dincendies/explosions des brûlures thermiques et un
polytraumatisme / blast (effet de souffle) associés.
La prise en charge et le traitement seront
forcément modifié par lampleur et le caractère collectif
dune catastrophe chimique.
Une mention particulière pour le risque
de BLEVE (Boiling Liquid Expanding Vapor Explosion), comme lors
de la catastrophe de Feyzin.
Les symptômes que peut présenter un
sujet soumis à lagression dun produit chimique
dangereux, sont fonctions de nombreux paramètres :
- le produit lui même,
- sa concentration,
- du mode de pénétration du
toxique/des protections utilisées,
- des caractéristiques du sujet
lui-même (âge, fatigue, pathologies pré-existantes
),
- de lexistence dun effort
physique (augmentation de lintoxication),
- de la prise en charge immédiate ou
non : évacuation de latmosphère contaminée,
traitement rapide
Rappel : pour une concentration donnée ® augmentation de lintoxication avec la durée
dexposition.
II) CLASSIFICATION
DES PRODUITS TOXIQUES.
1) LES GAZ (+++).
Gaz, vapeurs, suspensions / aérosols.
La taille des gouttelettes / particules
peut conditionner leur pénétration et donc leurs effets.
a) GAZ IRRITANTS,
SUFFOCANTS, TOXIQUES.
Gaz irritants (gêne respiratoire
modérée, transitoire) à suffocants /asphyxiants (altération
importante de la fonction respiratoire) suivant leur
caractéristiques et leur concentration. Il sagit de gaz
caustiques / corrosifs / vésicants (provoquent une brûlure
chimique de larbre respiratoire).
Exemples : chlore, ammoniac,
phosgène, phénol, isocyanates, aldéhyde formique, anhydride
sulfureux (SO2)
Les manifestations :
- intoxication mineure.
- Poumon = sensation
dirritation ® nez, gorge, glotte, trachée,
bronches.
- Peau = sensation de
picotement de la peau et des parties
découvertes.
- Yeux = irritation légère,
pleurs.
- intoxication moyenne.
- Poumon = toux, brûlure de
larrière gorge, gêne respiratoire plus
marquée, sensation doppression/de
striction thoracique, crise dasthme
modérée, salivation marquée.
- Peau = rougeur, éruption,
sensation de cuisson.
- Yeux = sensation de brûlure,
larmoiement, conjonctivite, difficulté à ouvrir
les yeux, légère diminution transitoire de la
vision.
- intoxication majeure.
- Poumon = détresse
respiratoire due à un bronchospasme majeure /
spasme glottique / OAP lésionnel (immédiat ou
retardé). Encombrement pulmonaire important
(augmentation du liquide bronchique).
- Peau = tableau de brûlure
chimique importante (bulles
).
- Yeux = tableau de brûlure
chimique importante (pouvant aller jusquà
la cécité).
Egalement classiquement décrit : OAP
lésionnel retardé. Dans certaines intoxications respiratoires
sérieuses, il existe parfois, après la phase dagression
initiale, une période (intervalle libre de tout symptôme)
pouvant aller jusquà 24-36 heures où le patient semble
saméliorer. Au bout de cette période, apparition
dun dème aigu pulmonaire secondaire, de début assez
brutal et inopiné. Ceci explique les consignes de surveillance
hospitalière pendant 24 heures, dans les intoxications sévères
qui se sont rapidement améliorées.
b) GAZ A TOXICITE
GENERALE (3 sortes daction).
- gaz anoxiants = provoquent une
asphyxie par défaut doxygène :
» CO, CO2
Par extension, cas des gaz inertants
(azote).
- gaz narcotiques = provoquent
une altération du fonctionnement des cellules des
organes (troubles généraux fonction du toxique) :
» benzène, solvants (trichoréthylène), alcools
- gaz à toxicité cellulaire =
provoquent des troubles de la conscience (somnolence à
coma) ou du comportement (ébriété, agitation) :
» organophosphorés, acide cyanhydrique, hydrogène
arsénié, dinitrophénol
c) GAZ A TOXICITE
MIXTE.
Ces gaz associent une irritation /
suffocation et des manifestations générales.
® hydrogène
sulfuré (H2S), vapeurs nitreuses
2) LES LIQUIDES (2
types).
- soit produit irritant / caustique
(acide, base) ® projection cutanée / oculaire ® irritation /
brûlure chimique.
- soit produit à toxicité
générale ® après un contact cutané / oculaire ® une certaine
pénétration du produit ® action générale.
Souvent ces liquides sont accompagnés de
vapeur provoquat une intoxication mixte.
3) LES SOLIDES.
Peu fréquemment responsables. Contact
cutané ou muqueuses (type liquide).
4) LES VOIES DE
PENETRATION.
Il y a 2 grandes voies
dexposition :
- inhalation par des gaz, vapeurs,
suspensions.
- contact cutané / muqueux / oculaire
pour des solides, liquides, gaz / suspensions.
Les 2 voies peuvent être associées.
Exemple :
- ammoniaque liquide ® dégagement
de vapeurs ® inhalation, en plus du contact externe.
- ammoniac gazeux ® lésions
caustiques cutanées lors de concentrations élévées
(10.000 ppm), en plus de linhalation.
III) CAS DES
INCENDIES (problème complexe) :
- dune part libération de
vapeurs toxiques multiples, souvent difficile à
identifier, entraînant une intoxication par inhalation.
Les matières plastiques (polymères synthétiques),
libèrent de nombreux produits de combustion et de
pyrolyse : CO, CO2, acide cyanhydrique, cyanogène,
isocyanates, ammoniac, vapeurs nitreuses, chlore, acide
fluorhydrique, phosgène
Place prépondérante du
CO (oxygène, caisson hyperbare) et des vapeurs
(CYANOKIT).
- dautre part lair ambiant
est appauvri en oxygène (consommé dans lincendie)
®
hypoxie.
- enfin, il y a une série
dagresssion des voies respiratoires par :
- les fumées (altération de
la surface pulmonaire).
- les suies (moule de la
trachée et des bronches.
- les brûlures des voies
aériennes (gaz chauds).
- avec éventuelles brûlures
thermiques cutanées.
® la victime dun incendie est
donc un intoxiqué, asphyxié, brûlé (cutané, pulmonaire).
IV) CONDUITE A TENIR
FACE A UNE INTOXICATION COLLECTIVE
1) LINTERVENTION
SUR LE TERRAIN
Il faut rechercher la " charge
toxique immédiate " par une détection
physico-chimique des gaz (détecteurs de gaz type tubes DRAEGER /
détecteurs automatiques ® véhicule spectro de masse type BMPM) :
- identification du ou des produits
concernés,
- de leur concentrations,
- délimitation de la zone contaminée,
Il existe un danger évolutif important
dans le temps et dans lespace (nécessité de mesures
quantitatives successives du toxique), qui dépend des
ppropriétés physiques du toxique (extrême diffusibilité des
produits gazeux), des conditions météorologiques, des
conditions géographiques (immeubles
, des circonstances de
libération (explosions, fuites, flaques
).
- protection des sauveteurs
(appareils resiratoires isolants, tenues étanches).
- protection des populations (confinement dans les habitaions et les locaux de
travail).
2) LE TRAITEMENT DES
VICTIMES SUR LE TERRAIN.
- évacuation de la
zône contaminée (sauvetage
par les Sapeurs Pompiers), puis décontamination cutanée
et oculaire (enlever les vêtements / lavage abondant et
prolongé).
- traitement précoce et rapide
(médicalisation systématique des secours = SAMU
SSSM-SP), principalement symptomatique (fonction
des tableaux cliniques observés) +/- antidotique.
3) LE TRIAGE (en cas
daccident avec de nombreuses victimes).
- urgences absolues = détresse ventilatoire, choc, coma
- urgences relatives = troubles respiratoires
- urgences
potentielles = risques
deffets retardés (type OAP secondaire)
4) PRISE EN CHARGE ET
TRAITEMENT EN MILIEU HOSPITALIER.
Bilan clinique complet (hémodynamique,
conscience, état respiratoire, lésions cutanéo-oculaires
).
Bilan paraclinique (RP, GDS, biologie,
osages toxiques
).
Traitement symtomatique (oxygénation,
ventilation, sédation, hémodynamique
).
Traitement étiologique (techniques
délimination et de neutralisation du toxique) =
oxygénation, ventilation assistée, antidotes
Seules quelques intoxications
particulières pourront bénéficier dun traitement
antidotique : organophosphorés (ATROPINE, CONTRATHION
), dérivés de lacide cyanhydrique (CYANOKIT)
Surveillance hospitalière de 24 heures.
3. AU
NIVEAU DUN S.A.U. (Service dAccueil des Urgences).
Les problèmes qui se poseront seront
variables suivant :
- le type de produit en cause et sa
toxicité.
- le nombre de victimes.
- les symptômes présentés.
-
On peut penser que le risque principal
serait représenté par des gaz suffocants avec une toxicité
respiratoire : problème de la quantité doxygène
disponible, des ventilateurs
Problème également de la disponibilité
des antidotes.
Risque de transfert de lintoxication
sur le personnel soignant (exemple de la ttentat de Tokyo) ?
Une grande partie des patients seront à
gérer en ambulatoire.
Problèmes administratifs de gestion de
ces admissions / consultations en grand nombre.
4.
EXEMPLES DE CATASTROPHES TECHNOLOGIQUES-TOXIQUES DE GRANDE
AMPLEUR.
I) ACCIDENTS DE
TRAFIC.
- LUDWIGSHAFEN BASF (Allemagne),
juillet 1948 / explosion dun wagon citerne
déther biméthylique ® 245 morts, plus de 2.000 blessés, 10.000
personnes relogées.
- LOS ALFAQUES (Espagne), juillet
1978 : un camion se renverse et libère 45 m3 de
propylène liquéfié sous pression qui senflamme ® 250 morts
(dont 102 sur le coup).
- MISSISSAUGA (Canada),
novembre 1979. Près de
Toronto un convoi ferroviaire de 3 locomotives et de 106
wagons (dont 38 de produits dangereux) déraille. La
zône est bloquée par les curieux et la liste
informatisée des wagons ne précise pas leur position
dans le convoi.
- Seulement 24h après, une
reconnaissance par hélicoptère, permet
didentifier un wagon de chlore fissuré sur 80 cm,
à côté de 2 wagons de propane. Compte-tenu du risque
important ® évacuation de 250.000 personnes en 6
temps. Le chlore a continué de fuir pendant 48h après
lextinction du sinistre. Coût estimé à 25
millions de dollars / jours.
II) ACCIDENTS DANS
DES USINES.
A) A LETRANGER.
- OPPAN (Allemagne), 1929 :
explosion dune usine de nitrate dammonium ® 591 morts,
7.000 blessés.
- CLEVELAND (USA), 1929 : incendie
dune clinique, où brûlèrent 50.000 films
radiographiques (vapeurs nitreuses) ® 123 morts.
- SEVESO (Italie),
juillet 1976. Lusine de
la société Icmesa près de MILAN, fabrique du
2-4-5-trichlorophénol (à partir duquel on produit des
défoliants). Production dans les réactions
intermédiaires de dioxine.
Le samedi 10 juillet 1976, un disque de
sécurité du réacteur de synthèse sétant rompu suite à
une élévation de température et de pression (emballement de la
réaction), un nuage rougeâtre se répandit contenant des
solvants de la famille des polyéthylène-glycols, de la soude,
du 2-4-5-trichlorophénol et de la dioxine.
Pollution chimique de 35 hectares.
Le problème SEVESO est :
- quau moment de laccident,
on connaissait mal les effets biologiques de la dioxine
sur lhomme,
- que lon a cru pouvoir
extrapoler les données animales,
- que les responsables ont eu des
réactions émotionnelles,
- que linformation a été lente
et souvent erronée,
- et souvent que la recherche du
sensationnel ont compliqué le problème.
Les conséquences réelles de cet accident
se sont limités à des symptômes cutanés de chloracnée, sans
séquelles dans limmense majorité des cas. Pas de
problème de reproduction.
Donc : conséquences humaines
modestes, surtout problème médiatique. Point positiif :
prise de conscience de la communauté européenne (directive
SEVESO).
- SAN JUAN DE IXHUATEPEC (Mexique),
Pemex State Oil Compaby, 19 novembre 1984 à 5h44 :
explosions, type BLEVE, de 54 cylindres et sphères de
stockage de 11.000 m3 de propane et butane ® 500 morts,
1.000 blessés, " 1.200 disparus ".
Projection de morceaux de sphères jusquà 1km200.
- THILISSI (URSS), 1982 :
explosion de gaz ® 100 morts.
- BRESIL, 1984 : explosion
dun oléoduc ® 508 morts.
- BHOPAL (Inde),
décembre 1984, usine de
lUnion Carbide (6 accidents depuis 1978). Vers
21h30, lors dun contrôle systématique, on
constate laugmentation de la pression interne
dune cuve contenant 50t disocyannate de
méthyle (MIC), produit très toxique et très volatil.
Malgré une tentative de refroidissement,
la pression critique est atteinte en quelques heures.
Plusieurs employés senfuient. Un chef
déquipe tente de bloquer la valve de sortie de la
cuve afin déviter la progression du produit vers
le neutraliseur en réparation (!) et dériver une partie
du produit dans une cuve vide. La valve cède et une
importante fuite se produit sur la conduite. Lorsque la
fuite est stoppée, 35-40t de MIC se sont échappés.
Les habitants à proximité de
lusine, observèrent un épais nuage blanchâtre au
dessus de lusine. Certains prirent la fuite.
Le nuage se déplaça vers le
Sud-Est sur 3 km, touchant des quartiers pauvres.
Ceux qui tentèrent de faire face
au vent furent suffoqués sur place. Dautres
motorisés purent séchapper. Le nuage gagna
ensuite la gare où sétaient réfugiés les
fuyards. Les personnes restées sur place dans les rares
maisons en dur, imperméables au vent, purent survivre
parfois après avoir calfeutré les issues.
Les effets du nuage se sont
estompés vers 3h du matin. Sur une population totale de
500.000 habitants de BHOPAL, les quartiers touchés
reprsentent 100.000 personnes. Le nombre de personnes
ayant ressenti un effet direct du gaz est supérieur à
50.000.
Facteurs aggravants :
- pression atmosphérique
basse,
- forte humidité,
- vent faible ou nul,
- temps dexposition aux
concentrations toxiques maximales associé à un
effoert musculaire (fuite sous le nuage toxique) ®
majorité des victimes décédées.
Les moins atteintes = sujets
restés au repos, à lintrieur de leur domicile
calfeutré.
1.567 morts officiellement.
Estimation de plus
de 2.500 morts (300 autopsies
ont montré un dème Aiguë Pulmonaire). 3 mois
après le désastre, 90.000 souffraient encore
daffections pulmonaires et ophtalmologiques. De
nombreux survivants conservent des séquelles à type
dinssuffisance respiratoire chronique (fibrose
pulmonaire).
- DAKAR (Sénégal), 24
mars 1992 : explosion
dun camion citerne dammoniac liquéfié lors
du transfert dans une cuve (explosion + nuage
dammoniac) ® 500 personnes intoxiquées hospitalisées,
150 morts.
B) EN France.
- FEYZIN, janvier 1966 : une vanne dun stockage de GPL
de la raffinerie laisse échapper du gaz liquide sur
lautoroute, puis mise à feu au passage dun
véhicule, suivie secondairement dune explosion
(BLEVE) ® 18 morts, 80 blessés.
- ARGENTEUIL, 1971 : explosion de
gaz ® 17 morts.
- METZ, 1982 : explosion dans un
silo ® 12 morts. BLAYE, août 1997 ® 11 morts.
- LA MEDE, 9 novembre
1992 : explosion à la
raffinerie de Provence ® 6 morts.
III) CATASTROPHE
TOXIQUE NATURELLE.
- LAC NYOS (Cameroun),
août 1986. Explosion
phréatique libérant les gaz comprimés par la couche
dargile tapissant le fond du lac se trouvant dans
un volcan éteint. Ces gaz se sont dissous dans
leau puis ont été restitués dans
latmosphère sous forme daérosol. Le nuage
constitué de plusieurs milliards de mètres cubes (de
gaz plus lourds que lair, principalement du CO2, et
probablement dune fraction dH2S et de SO2)
sest écoulé le long des pentes du volcan ® 1.800 morts
(asphyxie et brûlures cutanées par acidité +
température). Campagne actuelle de purge dautres
volcans éteints.
5.
EXEMPLE DUN RELEVE SUR UNE ANNEE DACCIDENTS
CHIMIQUES-TOXIQUES (1993/1994).
- 14 janvier 1993 : déraillement
dun train dhydrocarbures avec embrasement de
7 wagons (trains de 20 wagons contenant chacun 80.000l de
super sans plomb), La Voulte,
Ardèche.
- 15 mars 1993 : explosion dans
une usine du groupe Hoechst à Francfort ® 1 décès + 1
employé grièvement brûlé et une fuite de méthanol
(nuage de 5 km de long sur 600 m de haut). Cet accident
conclue une dizaine dautres accidents dans les
diverses unités du groupe en 3 semaines : fuite
dorthonitroanisol, de dissolvants, de vapeurs
dammoniaque, dacide sulfurique
- 26 mars 1993 : explosion dans
une usine de gaz à Lagunillas (Venezuela) ® 20 morts.
- 5 avril 1993 : incendie +
explosion dans une unité de polymérisation de PVC de
lusine chimique Sponala de Renatovice (Prague) ® 12 blessés
dont 2 graves.
- 6 avril 1993 : explosion + feu
de 411.000l de solvants (méthyl-éthyl-cétone) dans une
usine de Vilvorde près de Bruxelles.
- 6 avril 1993 : intoxication par
lH2S de 17 salariés (2 formes graves) dune
usine de délainage de Mazamet.
- 18 avril 1993 : 22 fûts de 260
l chacun (dot certains ouverts) de trichloroéthane
découverts dans un bâtiment désaffecté de Creutzwald
(Moselle).
- 13 mai 1993 : fuite dacide
chlorhydrique à lusine ATOCHEM de Port-de-Bouc,
Martigues ® 24 enfants hospitalisés.
- 19 mai 1993 : 3 ouvriers
brûlés par des projections de phénol, usine
Rhône-Poulenc de Roussillon.
- 9 juillet 1993 : un camion de
25.000l de monochlorobenzène se renverse avec fuite de
la moitié du chargement à Tarare (69).
- 26 juillet 1993 : un train de
marchandises reliant Nancy à Beaune percute un camion
transportant 33.000l dessence à un passage à
niveau de Tilchâtel (Côte dOr).
- 26 juillet 1993 : nuage
dacide sulfurique (fuite dun wagon citerne)
dans une usine chimique de Richmond (San Francisco, USA) ® 1.700
personnes traitées dans les centres hospitaliers.
- 2 août 1993 : un enfant brûlé
à la jambe par de lacide sulfurique répandu sur
le siège dun caddy dans un supermarché de
Bordeaux.
- 5 août 1993 : fuite
danhydride acétique dans lusine de
parfumerie de Charabot de Grasse ® 1 personne
intoxiquée
- 6 août 1993 : fuite de 2m3
danhydride sullfureux ® intoxication de 2 employés dune
usine de décapage de métaux à Vaise (LYON).
- 18 août 1993 : explosion dans
une unité de pesticides, Charleston (Virginie USA) du
groupe Rhône-Poulenc (rachetée en 1987 à lUnion
Carbide) ® 3 blessés, nuage toxique avec confinement
sur 1.500m.
- 24 août 1993 : un camion
transportant 4t de propane se renverse et son réservoir
de gazoil prend feu, sur lA47, à la hauteur de
Givors (69).
- 1er septembre 1993 :
fuite de 10.000l dhuile de lin dun camion
accidenté sur lA7 vers Perrache, Lyon.
- 20 septembre 1993 : incendie
usine CARGO, Vaulx en Velin, entrepôt de stockage de
produits chimiques divers (dérivés arsenicaux, corps
gras, dérivés dalcools, esters phosphoriques
).
- 11 octobre 1993 : suite à une
collision avec un autre poids lourd, incendie dun
camion transportant 20t de trichlorure de phosphore, sur
lA7 à la hauteur de Donzère Mondragon (Drôme).
- 15 novembre 1993 : le train
Paris-Nevers (172 passagers) heurte un camion de 32.000l
de fuel qui se renverse et percute une maison à un
passage à niveau de Gien (Loiret).
- 22 novembre 1993 : un camion
perd 4-5 fûts de 30l chacun dacide nitrique (150l
purs se déversent sur la chaussée) sur le boulevard
Laurent Bonnevay, Lyon.
- 10 janvier 1994 : fuit de 2.000l
dacide sulfurique, usine Saunier-Duval, Nantes ® évacuation
de 1.000 personnes.
- 18 février 1994 : plusieurs
dizaines de kilos dacroléine relâchés dans
latmosphère, usine Rhône-Poulenc à Saint Clair
du Rhône.
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