Toxicologie de CATASTROPHE

Médecin Capitaine JM SAPORI
Hôpital Edouard Herriot, 69437 Lyon Cedex 03

 

1. ORGANISATION GENERALE EN CAS DE CATASTROPHE TOXIQUE.

I) LES DIFFERENTES SITUATIONS DE CATASTROPHES ET LEUR GESTION

Rappel : catastrophe ® = phénomène gravement et brutalement destructeur d’un ensemble habituellement stable et harmonieux entre l’homme et son environnement.

II) L’ORGANISATION.

  1. Les services de santé et de secours concernés

    - Le ministère de l’intérieur = La Direction de la Défense et de la Sécurité Civile (DDSC). Missions : organiser et coordonner les secours.

    - le ministère de la santé = SAMU, hôpitaux.

    - le ministère des armées =

    • Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris
    • Bataillon des Marins-Pompiers de Marseille.
    • Service de Santé des Armées et H.I.A.
  2. Les Plans

    - le plan ORSEC. 5 services sont concernés pour sa mise en œuvre : service de secours et de sauvetages, soins médicaux et entraide, liaisons et transmissions, police ou gendarmerie, service des transports et travaux.

    Le plan ORSEC est déclenché sur décision préfectorale. Echelon départemental.

    Plans annexes au plan ORSEC = ORSEC.RAD (radioactivité), SATER (aéronefs), SAMAR (en mer), POLMAR, SNCF…

    - le plan rouge (ou Plan Nombreuses Victimes) = échelle d’une ville.

    - les plans spécifiques :

    - les plans blancs ou ORCA des hôpitaux.

 

III) RISQUES TECHNOLOGIQUES

  1. LA DIRECTIVE SEVESO (accident de SEVESO du 10 juillet 1976).
    Le conseil des ministres de l’environnement de la C.E.E., rédige une " directive concernant les risques d’accident majeur de certaines activités industrielles ", appelée communément " Directive Seveso ". Transposée secondairement dans la législation française. L’article 1° du texte officiel définit l’accident majeur : " Un événement tel qu’une émission, un incendie ou une explosion de caractère majeur, en relation avec un développement inconttrôlé d’une activité industrielle, entraînant un danger grave, immédiat ou différé, pour l’homme, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’établissement et/ou pour l’environnement et mettant en jeu une ou plusieurs substances dangereuses ". ® installations industrielles classées.
  2. P.O.I./P.P.I. (conséquences de cette directive)
    - l’exploitant doit établir un
    Plan d’Opération Interne (P.O.I.) pour lutter contre un sinistre interne n’affectant pas le voisinage.
    - le préfet doit établir un
    Plan Particulier d’Intervention (P.P.I.) mis en œuvre dès que l’accident interne atteint ou menace le voisinage.

 

2. TOXICOLOGIE INDIVIDUELLE / TOXICOLOGIE DE CATASTROPHE.

I) GENERALITES.

Les substances toxiques potentielles sont très nombreuses :

® 29.512.665 substances chimiques sont enregistrées (au 21/2/01) sur la base de données du Chemical Abstracts Services (CAS-registry) de l’American Chemical Society.

Leur source peut être industrielle, mais aussi naturelle, avec des circonstances très variées :

Les accidents peuvent être uniquement toxiques ou associer d’autres types d’agression dues aux explosions ou aux incendies.

Dans le cadre de la toxicologie de catastrophe, un tel accident pourrait être représenté par une intoxication collective par voie respiratoire (touchant une population importante de plusieurs dizaines de milliers de personnes, comme lors de Bhopal), avec en cas d’incendies/explosions des brûlures thermiques et un polytraumatisme / blast (effet de souffle) associés.

La prise en charge et le traitement seront forcément modifié par l’ampleur et le caractère collectif d’une catastrophe chimique.

Une mention particulière pour le risque de BLEVE (Boiling Liquid Expanding Vapor Explosion), comme lors de la catastrophe de Feyzin.

Les symptômes que peut présenter un sujet soumis à l’agression d’un produit chimique dangereux, sont fonctions de nombreux paramètres :

Rappel : pour une concentration donnée ® augmentation de l’intoxication avec la durée d’exposition.

II) CLASSIFICATION DES PRODUITS TOXIQUES.

1) LES GAZ (+++).

Gaz, vapeurs, suspensions / aérosols.

La taille des gouttelettes / particules peut conditionner leur pénétration et donc leurs effets.

a) GAZ IRRITANTS, SUFFOCANTS, TOXIQUES.

Gaz irritants (gêne respiratoire modérée, transitoire) à suffocants /asphyxiants (altération importante de la fonction respiratoire) suivant leur caractéristiques et leur concentration. Il s’agit de gaz caustiques / corrosifs / vésicants (provoquent une brûlure chimique de l’arbre respiratoire).

Exemples : chlore, ammoniac, phosgène, phénol, isocyanates, aldéhyde formique, anhydride sulfureux (SO2) …

Les manifestations :

Egalement classiquement décrit : OAP lésionnel retardé. Dans certaines intoxications respiratoires sérieuses, il existe parfois, après la phase d’agression initiale, une période (intervalle libre de tout symptôme) pouvant aller jusqu’à 24-36 heures où le patient semble s’améliorer. Au bout de cette période, apparition d’un œdème aigu pulmonaire secondaire, de début assez brutal et inopiné. Ceci explique les consignes de surveillance hospitalière pendant 24 heures, dans les intoxications sévères qui se sont rapidement améliorées.

b) GAZ A TOXICITE GENERALE (3 sortes d’action).

c) GAZ A TOXICITE MIXTE.

Ces gaz associent une irritation / suffocation et des manifestations générales.

® hydrogène sulfuré (H2S), vapeurs nitreuses …

2) LES LIQUIDES (2 types).

Souvent ces liquides sont accompagnés de vapeur provoquat une intoxication mixte.

3) LES SOLIDES.

Peu fréquemment responsables. Contact cutané ou muqueuses (type liquide).

4) LES VOIES DE PENETRATION.

Il y a 2 grandes voies d’exposition :

Les 2 voies peuvent être associées. Exemple :

III) CAS DES INCENDIES (problème complexe) :

® la victime d’un incendie est donc un intoxiqué, asphyxié, brûlé (cutané, pulmonaire).

 

IV) CONDUITE A TENIR FACE A UNE INTOXICATION COLLECTIVE

1) L’INTERVENTION SUR LE TERRAIN

Il faut rechercher la " charge toxique immédiate " par une détection physico-chimique des gaz (détecteurs de gaz type tubes DRAEGER / détecteurs automatiques ® véhicule spectro de masse type BMPM) :

Il existe un danger évolutif important dans le temps et dans l’espace (nécessité de mesures quantitatives successives du toxique), qui dépend des ppropriétés physiques du toxique (extrême diffusibilité des produits gazeux), des conditions météorologiques, des conditions géographiques (immeubles…, des circonstances de libération (explosions, fuites, flaques …).

- protection des sauveteurs (appareils resiratoires isolants, tenues étanches).

- protection des populations (confinement dans les habitaions et les locaux de travail).

 

2) LE TRAITEMENT DES VICTIMES SUR LE TERRAIN.

 

3) LE TRIAGE (en cas d’accident avec de nombreuses victimes).

 

4) PRISE EN CHARGE ET TRAITEMENT EN MILIEU HOSPITALIER.

Bilan clinique complet (hémodynamique, conscience, état respiratoire, lésions cutanéo-oculaires …).

Bilan paraclinique (RP, GDS, biologie, osages toxiques …).

Traitement symtomatique (oxygénation, ventilation, sédation, hémodynamique…).

Traitement étiologique (techniques d’élimination et de neutralisation du toxique) = oxygénation, ventilation assistée, antidotes …

Seules quelques intoxications particulières pourront bénéficier d’un traitement antidotique : organophosphorés (ATROPINE, CONTRATHION …), dérivés de l’acide cyanhydrique (CYANOKIT)…

Surveillance hospitalière de 24 heures.

 

3. AU NIVEAU D’UN S.A.U. (Service d’Accueil des Urgences).

Les problèmes qui se poseront seront variables suivant :

On peut penser que le risque principal serait représenté par des gaz suffocants avec une toxicité respiratoire : problème de la quantité d’oxygène disponible, des ventilateurs …

Problème également de la disponibilité des antidotes.

Risque de transfert de l’intoxication sur le personnel soignant (exemple de la ttentat de Tokyo) ?

Une grande partie des patients seront à gérer en ambulatoire.

Problèmes administratifs de gestion de ces admissions / consultations en grand nombre.

 

4. EXEMPLES DE CATASTROPHES TECHNOLOGIQUES-TOXIQUES DE GRANDE AMPLEUR.

I) ACCIDENTS DE TRAFIC.

II) ACCIDENTS DANS DES USINES.

A) A L’ETRANGER.

Le samedi 10 juillet 1976, un disque de sécurité du réacteur de synthèse s’étant rompu suite à une élévation de température et de pression (emballement de la réaction), un nuage rougeâtre se répandit contenant des solvants de la famille des polyéthylène-glycols, de la soude, du 2-4-5-trichlorophénol et de la dioxine.

Pollution chimique de 35 hectares.

Le problème SEVESO est :

Les conséquences réelles de cet accident se sont limités à des symptômes cutanés de chloracnée, sans séquelles dans l’immense majorité des cas. Pas de problème de reproduction.

Donc : conséquences humaines modestes, surtout problème médiatique. Point positiif : prise de conscience de la communauté européenne (directive SEVESO).

B) EN France.

III) CATASTROPHE TOXIQUE NATURELLE.

 

5. EXEMPLE D’UN RELEVE SUR UNE ANNEE D’ACCIDENTS CHIMIQUES-TOXIQUES (1993/1994).


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