A/ Pourquoi les anti-glycoprotéines IIBIIIA?
Laspirine présente des faiblesses dans la maladie coronaire : au moins 2 évènements sur 3 nont pu être prévenus quand les patients étaient sous aspirine.
La physiopathologie de la maladie coronaire a été revisitée et un nouveau terme est apparu : ATHEROTHROMBOSE.
Il y a un essor de la cardiologie interventionnelle.
Il y a un essor des antithrombotiques.
La faiblesse de laspirine
De nombreuses résistance à laspirine sont apparues.
Les voies de lADP et de la thrombine sont non contrôlées par laspirine et les récepteurs glycoprotéiques IIbIIIa sont libres.
LAthérotrombose
La physiopathologie a été revisitée.
La rupture ou lulcération dune plaque athéroscléreuse déclenche ladhésion des plaquettes. Ce mécanisme provoque leur activation : les plaquettes expriment à leur surface plusieurs types de récepteurs. Les récepteurs glycoprotéiques IIbIIIa appartiennent à la famille des intégrines et sont impliqués dans lagrégation des plaquettes en permettant le formation dun pont moléculaire par les molécules dimériques de fibrinogène libre.
Cette évolution naturelle de la maladie coronaire athéroscléreuse constitue la physiopathologie actuellement admise des syndromes coronaires aigus (angor instable, infarctus du myocarde (IDM), mais ce processus peut être exacerbé lors des angioplasties coronaires programmées et plus encore lors des angioplasties durgence dans linfarctus du myocarde ou langor instable réfractaire
Essor de la cardiologie interventionnelle
Le nombre dangioplasties coronaires pratiquées est conséquent puisque 70000 angioplasties coronaires ont été recensées en 1999. Cet essor est du à la prise en charge désormais possible des lésions plus complexes, de malades à plus haut risque, notamment aux stades aigus de la maladie.
Le taux dimplantation de stents est élevé (70 à 90%) car ce procédé réduit le risque de resténose.
La morbidité est due essentiellement aux occlusions aiguës liées à la formation de thrombus.
On recherche actuellement à optimiser ces résultats en contrôlant lenvironnement antithrombotique.
Essor des antithrombotiques
L abciximab (REOPRO®) présente une indication dans langioplastie primaire de lIDM.
Létude ADMIRAL a démontré le bénéfice de labciximab versus le placebo avec une réduction significative de 50% des événements à 6 mois.
Les antithrombotiques ont pris un essor dans le traitement médical de la maladie coronaire : différentes indications:
La thrombolyse dans IDM aigu,
Lenoxaparine (LOVANOX®) dans langor instable,
Le clopidogrel (PLAVIX®) chez le polyartériel,
La ticlopidine aspirine, combinée à langioplastie pour éviter les occlusions par STENT.
B/ LES ANTI GP IIB IIIA: le développement clinique
Différentes études cliniques ont été réalisées :
sur angioplasties programmées à risque,
sur angioplasties durgence (IDM),
angor instable, avec ou sans angioplastie,
infarctus du myocarde,
formes orales per et post angor instable.
Formes IV, les résultats
Elles réduisent surtout la morbidité coronaire (évolution vers lIDM, récidive infarctus et nouvelle revascularisation).
Le risque hémorragique a été défini comme acceptable, car il est contrôlable.
Faut-il parler dune classe ou de différentes classes ?
ABCIXIMAB est le pionnier des anti GPIIbIIIa : il sagit dun anticorps monoclonal chimérique, antigénique, inhibiteur non compétitif du fibrinogène. Linhibition de lagrégation plaquettaire par ABCIXIMAB induit un processus appelé passivation, lors duquel les plaquettes réactives adhérentes à la paroi vasculaire deviennent passives. Ces avantages sont une activité thrombolytique et une inhibition de la dégranulation plaquettaire. Linconvénient est la persistance dun risque hémorragique au-delà de larrêt de la perfusion (risque de thrombocytopénies).
DESINTEGRINES : différents types
une séquence peptidique pour eptifibatide,
peptido-mimétique pour tirofiban,
Elles ne sont pas antigéniques.
Ces produits présentent de nombreuses différences pharmacologiques :
| ABCICIMAX | EPTIFIBATIDE | TIROFIBAN | |
| Action sur R IIbIIa sur R anb3 sur R Mac1 |
+++ ++ + |
+++ - - |
+++ - - |
Labciximab a une demi-vie de liaison plaquettaire longue (fixation irréversible) mais une demi-vie plasmatique courte ce qui permet une élimination rapide du produit et un effet " antidote " efficace dune transfusion de plaquettes en cas dhémorragie. Les autres molécules ont une demi-vie de liaison plaquettaire plus courte mais une demi-vie plasmatique plus longue ; en cas dhémorragie, lagent reste présent plus longtemps et continue à bloquer de nouvelles plaquettes transfusées.
Des différences cliniques et dAMM :
Dans langioplastie programmée
tout venant avec ABCIXIMAB
sans stent ( études EPIC,EPILOG): réduction de la mortalité de 39 à 56 %,
avec stent (étude EPISTENT) : réduction de 54% maintenue à 1 ans.
tout venant avec EPTIFIBATIDE
sans stent (études IMPACT II): pas de diminution significative
sélection de patients " stable ", avec stent (étude ESPRIT) : diminution de 50% à J7 et diminution à 1 moi. Résultat à 6 mois non disponibles actuellement.
Dans langioplastie durgence
angor instable réfractaire :
ABCIXIMAB (études CAPTURE): diminution de 30 %,
EPTIFIBATIDE (études sous groupe de PURSUIT), TIROFIBAN (études sous groupes de PRISM PLUS) même résultat.
IM aigu, uniquement ABCIXIMAB ( études ADMIRAL)
Dans langor instable ( hors angioplastie)
EPTIFIBATIDE (études PURSUIT) : diminution de 9%,
TIROFIBAN (études PRISM PLUS) : diminution de 15%,
ABCIXIMAB (études GUSTO IV, AMI) : pas de différence, pas de diminution.
Dans lIDM aigu en combinaison avec thrombolyse, avec ABCIXIMAB
Les études pilotes de perméabilité coronaire (SPEED , TIMI 14, STOP-AMI) montrent une amélioration de la reperfusion coronaire. Le bénéfice clinique est en cours dévaluation dans létude GSUTO IV-AMI.
META ANALYSE :
Dans langor instable sévère avec angioplastie (études CAPTURE, PURSUIT,PRISM, PRISM PLUS) : réduction globale de 35% en générale.
Dans langor instable tout venant hors angioplastie (études GUSTO IV-ACS, PURSUIT, PRISM), uniquement 8 % de diminution.
On note une réduction de la mortalité et des incidences dinfarctus à 30 jours dans chaque étude :
EPIC : réduction de 39%,
CAPTURE : réduction de 47%,
EPILOG : réduction de 56%,
EPISTENT : diminution de 54%.
Les formes orales
Les formes orales restent un échec :
Pas damélioration de la morbimortalité
Pas damélioration de la mortalité totale
Tendance à un risque hémorragique accrue
Présence deffets prothrombogènes lorsquil y a un Stent
Les indications incontournables en 2000 sont :
angioplastie durgence dans lIDM aigu : il existe un haut niveau de preuve de lABCIXIMAB avec un rapport coût / efficacité très favorable
Angioplastie durgence dans langor instable sévère où lABCIXIMAB présente une efficacité supérieure aux désintégrines qui sont elles équivalentes. Le rapport coût /efficacité est favorable.
Les indications admises en 2000 :
Les angioplasties programmées
patients tout venant où labciximab sera indiqué, notamment chez les diabétiques
des patients sélectionnés où Abciximab et eptifibatide paraissent proches mais où le tirofiban est inférieur à labciximab (Etude TARGET)
Le rapport coût / efficacité varie selon le patient
Les angioplasties de sauvetage : il sagit dangioplasties programmées compliquées dune occlusion coronaire aiguë le plus souvent trombotique pour lesquelles a été observé un effet desagrégant de lABCIXIMAB.
Triatement médical de langor instable à haut risque hors angioplastie:
eptifibatide et tirofiban seront indiqués en première intention et abciximab si langioplastie est envisagée.
Les indications controversées :
Traitement médical de langor instable tout venant hors angioplastie :
Leptifibatide et le tirofiban ont une AMM pour cette indication
Le bénéfice clinique global est cependant peu ample avec une réduction en moyenne de moins de 10% des événements cliniques si bien que le rapport coût / efficacité pour lensemble de la population concernée est peu favorable.
Une utilisation plus économique et pragmatique de ces produits doit sappuyer sur une stratification du risque des patients pour identifier ceux le plus à même de bénéficier dun traitement coûteux. Il sagit de critères simples évalués par les données cliniques (angor réfractaire, prise préalable daspirine), ECG (sous décalage de ST) et biologique (élévations de la troponine et de la CRP).
Un fossé transatlantique :
AntiGPIIbIIIa dans les angioplasties :
USA : Selon les centres, 40 à 90 % des procédures utilisent ces molécules au cours des angioplasties programmées ou des syndromes coronaires aigus. Elles sont remboursées par les assurances privées.
France : Uniquement 15% des procédures utilisent ces molécules principalement au cours des syndromes coronaires aigus
AntiGPIIbIIIa dans langor instable hors angioplastie
USA :les guidelines préconisent lutilisation dune tri-thérapie anti-thrombotique : aspirine ou ticlopidine ou clopidrogel (PLAVIX®) en cas dallergie à laspirine + HBPM (plutôt quune HNF) + antiGPIIbIIIa en IV.
Ces indications devront probablement être revisitées suite aux résultats de létude GUSTO IV-ACS.
EUROPE (France)
La trithérapie est utilisée de façon " personnalisée " adaptée au niveau de risque de chaque patient.
Le cout dune vie sauvée
Des études économiques ont été réalisées, elles indiquent toutes que lutilisation de lABCIXIMAB, dans différentes pathologies, représente toujours un bénéfice.
Conclusion :
Lutilisation des anti-GPIIbIIIa intraveineux est une avancée majeure en cardiologie interventionnelle et une avancée notable dans les syndromes coronaires aigus hors angioplastie.
Les résultats prochains détudes en cours permettront de préciser leur place dans une combinaison à la thrombolyse et aux HBPM.
Les anti-GPIIbIIIa oraux jusquici testés ont été des échecs.
Parmi les 3 produits actuellement commercialisés, abciximab (REOPRO®),eptifibatide (INTEGRILIN®) et tirobifan (AGRASTAT®), existent des différences pharmacologiques et cliniques (niveaux de preuve defficacité selon les situations) qui expliquent les différences dAMM. Seul labciximab a actuellement une AMM dans langioplastie coronaire programmée ou durgence dans les syndromes coronaires aigus. Seuls le tirofiban et leptifibatide ont une AMM dans le traitement médical de langor instable hors angioplastie. Leur utilisation raisonnable devrait être adaptée au niveau de risque individuel du patient considéré.
Le coût du traitement nest pas en soit un élément décisionnel pour privilégier un anti-IIbIIIa à un autre. Dune part le coût dépend de la durée de traitement éminemment variable selon les molécules, et le contexte clinique des études (de 12 heures avec labciximab à 48 heures avec leptifibatide). Dautre part, la seule comparaison directe de ces molécules dans létude TARGET a montré que le tirofiban était inférieur à labciximab dans langioplastie programmée. La classe des anti-GPIIbIIIa semble relativement hétérogène et il convient de bien respecter lindication de chaque molécule en évitant les utilisations " sauvages " hors AMM.