LES
NOUVEAUX ANTICANCEREUX
JF Latour. Centre
Léon Bérard. Lyon
Dr P.Canal. Institut Claudius Regaud.
Toulouse
La nouveauté qui émerge actuellment au niveau des anticancéreux est la distinction qui apparaît de façon très nette entre, d'une part les médicaments " classiques " qui sont tous des cytotoxiques c'est à dire qui détruisent les cellules par action sur le noyau cellulaire et, d'autre part, une nouvelle classe de médicaments qui sont stricto sensu des cytostatiques qui vont freiner la croissance cellulaire en bloquant des facteurs de croissance ou des oncogènes. L'abus de langage assimilant cytotoxiques et cytostatiques est donc totalement proscrit.
Pour détruire les cellules en prolifération, les cytotoxiques agissent au niveau de l'ADN de manière directe ou indirecte:
Interaction directe avec l'ADN:
Interaction indirecte avec l'ADN:
Anciens produits, nouveaux vecteurs liposomaux
Leur intérêt est une cardiotoxicité fortement diminuée mais en revanche, ils ont une demi-vie augmentée ce qui pour le CaelyxÒ, entraîne une augmentation de la fréquence du syndrome "mains-pieds", lié à des passages de l'anthracycline à travers les capillaires sanguins.
Anciens produits, formes orales
Nouveaux cytotoxiques
Le plus prometteur est l'Ecteinascidine (ET 743) extrait d'un microorganisme marin, actuellement en cours d'essai clinique; ce produit semble intéressant, selon les essais en cours, dans le traitement des sarcomes.
Une cellule devient cancéreuse suite à une accumulation d'altérations génétiques (d'origine héréditaire et/ou environnementales).
Il y a alors :
Les anomalies génétiques et les mutations concernent en fait les gènes codant des protéines de régulation de la croissance cellulaire.
Ces gènes sont :
La recherche actuelle est axée principalement sur :
Au niveau cellulaire, les facteurs de croissance (protéines de régulation) se fixent à des récepteurs membranaires au niveau de la membrane cytoplasmique, notamment des récepteurs des Tyrosines-Kinases (RTK). Cette liaison entraîne l'activation de seconds messagers tels que la protéine Ras, grâce à une cascade de phosphorylations. Il y a ainsi transduction du signal au niveau du cytoplasme, ce qui aboutit à une réponse au niveau du noyau.
Avec les nouveaux cytostatiques, on cherche donc à bloquer cette cascade de phosphorylations ; il y a alors blocage de la transduction du signal et absence de réponse nucléaire. Ceci empêche alors la croissance tumorale.
Elles se situent au niveau :
Les récepteurs de Tyrosine-kinase sont des protéines trans-membranaires avec un domaine extracellulaire et un domaine cytoplasmique " tyrosine-kinase ".
On en connaît 18 familles chez les vertébrés, notamment :
EXEMPLE DU RECEPTEUR EGFR

Dans de nombreuses recherches actuelles, on cherche à caractériser ces récepteurs au niveau des cellules cancéreuses ; il a été montré qu'ils sont surexprimés au niveau de nombreuses tumeurs solides. La surexpression de certains d'entre eux a une valeur pronostique de certains cancers
Exemples :
En inhibant l'activité de ces récepteurs spécifiques aux cellules tumorales, on espère bloquer la transduction du signal au sein de ces cellules et donc la croissance tumorale.
La caractérisation des tumeurs par les récepteurs éventuellement présents à leur surface ouvre une nouvelle voie, complémentaire de celle de l'anatomopathologie classique qui utilise des critères principalement morphologiques. Dans l'avenir, les indications de traitement par tel ou tel médicament s'appuieront sur ce nouveau type de critère (le premier exemple est celui de l'Herceptin® qui n'est indiquée qu'à condition que la tumeur métastatique du sein surexprime HER2 de façon très marquée)
Inhibiteurs des récepteurs de type EGFR
On distingue :
Inhibiteurs des récepteurs de type PDGFR
Le principal produit est actuellement le STI 571 = Imatinib = Glivec®. Son action est intracellulaire. Les essais cliniques de phase 1 et 2, très encourageants, ont abouti à un statut très précoce d'ATU, dans le traitement des LMC.
STRUCTURE CHIMIQUE DE L'IMATINIB

L'imatinib agit, en fait, au niveau de plusieurs cibles moléculaires :
Il est à noter que la formule chimique présentée a été prise sur internet, sur un site privé accessible à tous (www.newcmldrug.com), indépendant du laboratoire Novartis (un lien permet toutefois d'accéder au site de ce laboratoire).
Par ailleurs, un excellent article de vulgarisation du journal Le Monde daté du 10/11 juin 2001 (JY Nau) explique de façon très claire l'essentiel des thèmes développés dans cet exposé sur les nouveaux anti cancéreux .
Ceci doit attirer l'attention des professionnels sur le bon niveau d'information du public, ce qui est très cohérent avec la notion de patient partenaire qui se développe actuellement.
On peut résumer ainsi les différentes propriétés des médicaments anticancéreux classiques et des inhibiteurs de la transmission du signal.
APPROCHE CYTOTOXIQUE (aujourd'hui) |
APPROCHE CYTOSTATIQUE (demain) |
Régression tumorale(effet cytotoxique) Traitements séquentiels de courte durée Administration intraveineuse prépondérante Hospitalisation souvent nécessaire Toxicité " acceptable " Critères d'activité : régression complète ou partielle Coût ? |
Stabilisation tumorale (effet cytostatique) Traitement chronique de longue durée (plusieurs mois, années ( ?)) Administration orale " obligatoire " Traitements ambulatoires Excellente tolérance Critères d'activité : stabilisation ? Coût ? (Qui paye ?) |
Remarques principales à faire sur les changements prévisibles introduits par ces nouveaux médicaments :