2.Consommation de substances psycho-actives et sport.
Dr W. LOWENSTEIN, Directeur du Centre Montecristo, Hôpital Laennec Paris.

 

I) Les questions qui se posaient :

Sur une activité physique intensive, une activité de compétition, une activité de répétition, une activité sportive aucun lien n’existait entre consommation de substances psycho-actives et sports.

 

II)Les différentes enquêtes

1) Enquête au Centre Montecristo de 09/95 à 02/97

Inclusion : 100 patients recevant un traitement de substitution.

Cette même enquête a été menée dans un autre centre (14ème arrondissement). Les chiffres retrouvés étaient un peu plus élevés.

Ces résultats ont été communiqués à Jean-Jacques DEGLON qui s’occupe de la fondation Phœnix à Genève. C'est le premier médecin qui a pensé l’utilisation des produits de substitution, notamment le chlorhydrate de méthadone dès le début des années 1970.

Grâce à sa grande expérience sur le sujet, il a fait le lien entre hyperactivité infantile et héroïnomanie.

2) Etude Suisse non publiée

Voici les résultats d'une étude non publiée qu'il a menée sur 400 patients répartis dans différents centres en Suisse :

50% ont une pratique sportive intensive et 20% ont atteint un niveau important (compétition nationale ou internationale) avec pour le tabac une linéarité entre sport et tabac (plus les gens font du sport plus il fume) et pour l’héroïne, plus les gens avaient fait du sport, plus ils étaient héroïno-dépendants.

3) Etude nationale

Munie de ces pré-requis, on a donc demandé au ministre de la jeunesse et des sports dans le cadre de la prévention des conduites à risque des jeunes en milieu sportif de nous écouter et de commanditer une étude nationale.

Elle a débuté en Avril 1999.

Elle a concerné 1111 patients au total sur 3040 questionnaires plus élaborés.

Patients suivis pour addiction ou pathologies associées : suivis pour des alcoolo dépendance dans des centres d’hygiène alimentaire et d’alcoologie, suivis dans des centres de soins spécialisés en toxicomanie, suivis par des médecins généralistes spécialisés dans la prise en charge des usagers de drogues ou qui fréquentent des associations d’anciens alcooliques ou des associations d’usagers de drogues

Taux de réponse de 36%

Résultat de cette étude vers Février ou Mars 2000.

On retrouve des éléments aussi intéressants que ceux retrouvés dans l’étude de Montecristo, qui encouragent à travailler sur les liens.

Le champ des addictions ne concerne pas que les drogues illicites mais aussi les problèmes d’alcool, de médicaments, de conduite addictive (les achats pathologiques, le jeu, l’activité ou le sexe, les problèmes alimentaires (anorexie, boulimie)).

On a aussi des notions d’addiction au travail musculaire (champion néoorganisme néoformé, robot préprogrammé) tout ça a voir avec une addiction de mouvement, une mémoire du mouvement, une mémoire du plaisir et une addiction au travail musculaire.

Beaucoup de concepts sont mises en place.

Le jeune sportif subit une assistance permanente.

La pharmaco-assistance peut glisser vers la pharmacodépendance due à la pression que subit un sportif de haut niveau. Il existe une insatisfaction perpétuelle : être champion d'Europe, du monde, de la galaxie et pouvoir y rester.

 

III) Typologie du dopage

· Dopage d’état : dopage symbolique.

· Dopage de l’ouest : puritanisme américain. Leur champion est sous anabolisant avec les intérêts financiers, commerciaux, professionnels.

· Dopage Eco Sportif : peut-on faire du sport sans substances ?

· Dopage Narcissique : sur idéal du moi, dépasser sans cesse ses limites. Toujours vaincre le voisin.

Les records sont toujours battus. Les niveaux d’exigences sont de plus en plus élevés.

La plupart des héroïnomanes dans le registre névrotique sont des gens qui font sans cesse des aller retour entre leur moi et leur surmoi. Ecart énorme entre ce qu’on leur demande et ce qu’ils sont capables de faire.

La première prévention à donner à des parents est de baisser le niveau d’exigence par rapport aux enfants.

Le dopage au quotidien concerne bien plus que les sportifs !

En effet, la plupart des usagers de drogues essayent de faire face à leur quotidien avec toutes les pressions (boulot, famille, de l’inhibition, de la rencontre, gestion de la sexualité…), qu’ils subissent chaque jour.

· La vie au quotidien c’est aussi le dopage 3ème mi-temps : les jeunes n’en consomment pas pendant leur compétition mais après, la transgression est autorisée ! C’est une question d’identité de groupe où il faut suivre le mouvement " fun " !

· Dopage automédication : " Au nom du sport " ! Excuse sportive pour tasser les désordres psychiques, les troubles du comportement.

" Le sport est bon pour la santé " !

Faire la différence entre activité physique et activité sportive intensive.

L’activité sportive intensive est une répétition d’une activité ou d’un exercice pour un objectif de performance.

 

Conclusion

Citation d’Anne-Marie BASSET :

" La compétition sportive n’est pas un jeu, si ce n’était qu’un jeu pourquoi vouloir gagner à tout prix  en prenant des risques. Les luttes contre les dopages font parties des sports de compétition. Vouloir éradiquer le dopage c’est prendre position. Les dopages sont une réalité.

Pour l’éradiquer il faut changer les règles définissant l’excellence sportive.

Plus de classement individuel et collectif, plus de médailles, plus de " je suis le meilleur " ou " tu es le meilleur ", plus de consécrations sportives.

Est-ce que c’est possible et est-ce que c’est souhaitable ?

Et si on veut faire avec la réalité et non plus contre la réalité ne doit-on pas décliner quatre piliers sur le sujet ? :

Þ Le soin : les sportifs intéressés sont pris en charge trop tard.

Þ Une prévention : qui va plus loin que la simple phrase " ce n’est pas bon le dopage ".

Þ Une répression qui soit efficace.

Þ Partir de la réalité du dopage et des conduites dopantes et faire une déclinaison des philosophies sur la réduction des risques. "

Voici ce que l'on trouve dans la mallette du ministère de la jeunesse et des sports :

" Pourquoi ne pas se doper ?

- pour préserver l'éthique du sport et les valeurs que le sport offre à tous.

- pour préserver la santé. "

Il reste encore du boulot en matière de prévention !!!

 

QUESTIONS

1) Les sportifs de haut niveau ne sont-ils pas les sacrifiés de la société du spectacle ?
N'y a-t-il pas une analogie avec ce que les romains faisaient dans un cirque et les " anormaux médicaux " ?

Par rapport aux adolescents, il faudrait reconsidérer la fonction d'entraîneur, de psychologue, de médecin du sport sur des bases un peu différentes que la réflexion de la performance.

Le sport amateur peut-être vécu fortement.

Cette consommation de produits existe dans le milieu amateur (être le meilleur possible notion du surmoi) mais aussi chez les cadres supérieurs.

Il existe un important paradoxe chez les sportifs.

Ils veulent garder l'image de pureté du sport. Cette image doit être rediscutée. En effet, on ne peut pas être en même temps, dans cette exigence de performance sans cesse et dans cette image de pureté du sport.

Le sport c'est naturel. Or ce qui n'est pas naturel c'est bien l'activité physique intensive !

On se construit à la fois psychologiquement et physiquement.

Prenons pour exemple les petites gymnastes. Que deviennent ces femmes en terme de féminité, de maternité, de relation avec le monde ?

Elles sont mignonnes !!! Est-ce au nom du sport ?

Il y a vraiment une mission à faire au ministère de la jeunesse et des sports.

80% des jeunes passent spontanément par une structure sportive et parfois avec leur parents les suivent. Ceci est donc un creuset de formation extraordinaire, à condition de réfléchir.

2) L'alcool est-elle la drogue psychostimulante consommée par les coureurs automobiles de formule 1 ?

Dans le milieu automobile c'est plutôt la consommation d'amphétamines.

Petite histoire :Ancien champion de formule 1 qui poursuit son activité physique le week-end en pratiquant du vélo au bois de Boulogne. Il n'a plus aucune pression, il est heureux, intelligent mais il utilise des substances comme l'EPO et des anabolisants.

3) Cadres et dopages ?

Polytechnique, assemblée nationale, école de musique...La différence avec le sport est qu'il n'y a pas de tricherie. Il ne leur est pas demandé de ne rien prendre.

En effet, on sait bien que "Est dopé celui qui se fait prendre".

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