1.Utilisation
de lhormone de croissance chez les sportifs de haut niveau
Pr P. CHATELAIN,
Hôpital Debrousse, Hospices Civils de Lyon.
Lhormone de croissance est au cur dune immense polémique.
Introduction :
Nous allons aborder les données scientifiques, physiologiques et expérimentales de lhormone de croissance pour positionner son utilisation chez le sportif de haut niveau.
Jai connaissance dune véritable étude non publiée chez des athlètes britanniques : " hormone de croissance versus placebo ".
Deux catégories dathlètes : coureur 400 m haies / lanceur de marteau.
Etude randomisée à double insu : ni lathlète ni le médecin ne sont au courant du traitement.
Résultats :
Dès la phase initiale du traitement on observe une " pêche denfer " chez tous les athlètes et quelques modifications de performance.
A larrêt de la phase thérapeutique : petite régression tant au niveau de la pêche denfer que de la modification de performance.
Lors de la comparaison entre le placebo et l hormone de croissance aucune différence significative na été retrouvée.
On peut regretter que cette étude nait jamais été publiée, car elle aurait pu montrer au futur champion la possibilité datteindre les marches du podium sans moyens détournés.
I) Rappel sur lhormone de croissance :
Cest une protéine synthétisée au niveau des cellules somatotropes hypophysaires.
Son action nest pas totalement médiée par les somatomédines mais a un effet direct métabolique qui participe (probablement) aux effets physiologiques de cette hormone.
Elle agit en grande partie, au niveau de la prolifération cellulaire, par les somatomédines IGF I et IGF II.
Cette fonction somatotrope est très proche de celle de laction de linsuline.
En effet, IGF I, IGF II et la pro insuline sont des facteurs de croissance de lhormone dune même famille protéique qui tirent leur origine dun gène ancestrale commun qui aurait muté avant lapparition des vertébrés.
Plus on avance dans la connaissance de cette hormone de croissance, plus on saperçoit quelle vient interférer avec laction de linsuline.
La fonction somatotrope et laction de linsuline collaborent étroitement à des fins énergétiques orientées vers la croissance cellulaire.
Les nombreuses études faites sur la fonction somatotrope ont permis dutiliser dès le milieu des années 80 des hormones de croissance recombinantes dans des indications prouvées.
Cest à partir de données expérimentales que lon a pu obtenir des renseignements importants pour voir lutilisation chez le sportif de haut niveau.
Les gènes des peptides IGF I et IGF II sont exprimés au niveau de nombreux tissus dès la période ftale : tissus squelettique, tissus musculaire, tissus hépatique.
Lors dun traitement par hormone de croissance, on cible tous ces tissus.
Lhormone de croissance contrôle la synthèse dIGF I seulement au niveau du tissus hépatique.
Dans les autres tissus (muscle, cerveau, gonade, os), lhormone de croissance na pas deffet direct sur IGF I mais ce sont des facteurs de croissance locaux ( gonadotrophine au niveau des gonades, ACTH au niveau des surrénales), qui modulent le niveau dexpression du gène IGF I.
Un traitement par hormone de croissance exogène entraîne une augmentation des taux circulants dIGF I et apporte par la voie endocrine un surplus tissulaire. Mais la production tissulaire elle même est sous contrôle de substances présentes localement.
Remarque : le récepteur à lhormone de croissance appartient à la même famille que lérythropoïétine.
IGF I est un facteur de multiplication cellulaire. Expérience : fibroblastes cutanés + IGF I Þ multiplication cellulaire
Chez ladulte, dans tous les tissus il y a un phénomène de mort cellulaire et de renouvellement.
Le tissus en exercice intensif (muscle du sportif) fait lobjet dun turn over accéléré et il est donc consommateur de facteurs de croissance qui contrôle la croissance cellulaire.
II) Différentes études :
Lapport calorifique et protéique modifie le niveau dexpression dIGF I.
En effet, lors dun jeûne chez le rat, on observe une perte de poids et une chute du taux circulant dIGF I.
Þ Des études chez des volontaires sains ayant jeûné ont confirmé les résultats :
Þ Une étude chez des adultes volontaires sains traités avec de lhormone de croissance (produites par de nombreux laboratoires) ou de lIGF I recombinant ( seul deux laboratoires en produisent, au Japon et au USA), a montré les résultats suivants :
la balance potassique et phosphorique également car il y a un anabolisme au niveau du tissus osseux et une ostéogenèse (ostéoblastose > ostéoclastoses).
Une autre étude en Caroline du nord , " effet de lhormone de croissance par rapport à un placebo " confirme ces résultats.
III) Expériences à lhôpital Debrousse
Souris sauvages normales = Athlètes de haut niveau
Souris naines = déficit en hormone de croissance, défaut du récepteur au GRF
On les traites pendant 8j avec de lhormone de croissance ou du sérum salé ou de lIGF I recombinant (1 expérience coûte 200000Francs ! ! !) et on observe leffet sur la gonade mâle.
Pour cela, on réalise à la fin dune semaine de traitement un test à lHCG et on regarde la réponse de testostérone.
Résultat :
Souris normales : réponse de testostérone et petite augmentation de la testostérone en réponse à lHCG
Souris naines : effet significatif de lhormone de croissance sur leur capacité à répondre à lHCG en sécrétion de testostérone.
Même effet avec IGF I.
IV) Où se situe lathlète de haut niveau par rapport à la sécrétion physiologique dhormone de croissance ?
Lexercice physique stimule la sécrétion dhormone de croissance et augmente le taux dIGF I.
Mais si lathlète subit un régime particulier pour optimiser le rapport masse musculaire / masse maigre, dans ce cas on observe un déficit en IGF I car le jeun entraîne une résistance à lhormone de croissance.
Ceci peut expliquer certains troubles du métabolisme osseux : fractures de fatigue (gymnastique intensive, athlétisme )
Remarque : un groupe américains a montré que les observations faites sur les gonades mâles sappliquaient aussi à lovaire. Ladministration dhormone de croissance entraîne, en effet, une augmentation de la production strogénique.
Le taux testostérone pourrait donc être un marqueur complémentaire aux contrôles dIGF I et dIGF II pour prouver lutilisation dun produit.
V) Utilisation de lhormone de croissance chez ladulte ayant un déficit en hormone de croissance
La sécrétion dhormone de croissance baisse physiologiquement avec lâge. Au delà de 40 ans on est déficitaire en hormone de croissance au sens pédiatrique du terme.
Les adultes ayant un déficit en hormones de croissance suite a un adénome hypophysaire, on un risque augmenté de maladie cardiovasculaire, une capacité réduite à lexercice physique, une composition corporelle anormale et une atteinte du métabolisme osseux.
Chez ladulte avec déficit, lhormone de croissance induit une lipolyse, améliore la fonction cardiaque, améliore la masse maigre et diminue la masse grasse, stimule la synthèse protéique, optimiser la densité du contenu minéral osseux et optimiser la fonction rénale.
Chez ladulte normal le traitement par hormone de croissance induit aussi une lipolyse et,
si on mesure la composition corporelle, la masse musculaire augmente et la masse graisseuse diminue.
Par rapport aux stéroïdes, lhormone de croissance a un effet sur la réduction de la masse graisseuses mais est 3 à 5 fois moins puissante au niveau de laugmentation de la masse musculaire.
Laugmentation de la masse musculaire est la conséquence principale de lutilisation danabolisants stéroïdes.
La fonte de la masse grasse explique lutilisation dhormone de croissance .
Autres preuves indirectes :
A larrêt de lhormone de croissance, le poids augmente et la masse maigre (musculaire +os)diminue.
Ces résultats se confirment chez lenfant.
Lors dun traitement pendant 6 mois dun enfant de 30 kg ayant un retard de croissance intra-utérin (pas de déficit) sa masse maigre gagne 1.5 Kg et sa masse grasse perd de 1 à 3 kg, son contenu et sa densité minérale osseuse saméliore.
Intéressant au niveau de lathlète de haut niveau
Chez le déficitaire en hormone de croissance : amélioration de la sensation de bien être
Taux circulant plasmatique de lhormone de croissance :
Quand on traite des enfants non déficitaires en hormones de croissance avec une hormone de croissance recombinante dans le cadre de lAMM (syndrome de Turner, retard de croissance intra-utérin), le suivi du taux dIGF I et de sa protéine de transport IGF BP3 nous permet de voir si on dans les valeurs physiologiques.
Linterruption du traitement par hormone de croissance exogène entraîne un retour aux valeurs physiologiques dIGF I et dIGF PB3 sur une période de 10 à 8 jours.
IGF I et IGF PB3 sont des marqueurs indirects de lutilisation de lhormone de croissance. Leur chute puis leur stabilisation serait un argument supplémentaire dans une perspective de contrôle a partir dun dosage plasmatique.
Lutilisation de lhormone de croissance aura des effets différents suivant le type dathlètes. Dans le cas dun athlète de " gros calibre " on aura un effet sur la masse grasse et dans le cas dun " petit calibre " on aura des effets sur le rapport masse grasse / masse maigre.
Remarque pour conclure :
Athlète de haut niveau subissant une blessure ou une grippe. Y a t-il une place pour certaines thérapeutiques pour le ramener à létat de masse maigre et masse grasse quil avait avant son traitement.
Dimension à prendre en compte dans la réflexion sur la prohibition des substances pour le dopage.
Questions
Pas de preuves directes.
Ceux que lon sait cest que la loi Huriet Serusclat a positionné lutilisation de ces hormones de croissance au niveau médical. Elle est prescrite dans le cadre de lAMM (médicament dexception) par un médecin hospitalier (pédiatre ou endocrinologue) et il faut une entente préalable du médecin conseil.
En dehors de lAMM si lutilisation de lhormone ne rentre pas dans le cadre dun essai clinique, on est dans lillégalité. Même si il se procure lhormone de croissance ailleurs quen France.
Une ordonnance française illégale peut être honoré par des pharmaciens de pays voisins.
Je doute que les circuits dapprovisionnements soient opérants en France.
Il existe 2 débats :
Elle soppose physiologiquement à laction de linsuline.
Quand on traite un patient à lhormone de croissance, la sécrétion dinsuline se réajuste, augmente.
Le traitement par hormone de croissance pendant 2, 3 années va t-il avancer lapparition de son diabète de type II ?
La surveillance de lhoméostasie glucidique montre un bénéfice favorable de lhormone de croissance car il y a une augmentation de la sécrétion dinsuline mais comme il y a une augmentation de la sécrétion dIGF I il y a une amélioration de linsulinosensitivité.
Plus le taux dIGF I augmente plus la prévalence du cancer du sein, de la prostate, et du poumon augmente
Plus le taux dIGF PB3 plus le taux du cancer du sein, de la prostate, du poumon diminue
Le rapport IGF I / IGF PB3 serait peut-être le profil intéressant dans la perspective du cancer.
Si plus dIGF I disponible sous leffet de lhormone de croissance car IGF I augmente plus que sa protéine de transport il y a peut-être une augmentation du risque.
Mais sur aucun modèle cellulaire, animale, expérimentale , humain les taux dIGF I ne peuvent pas induire de transformation cellulaire. Par contre de nombreuses lignées tumorales sont IGF I dépendantes pour leur croissance. Il pourrait donc avoir une petite accélération de la croissance dune lignée tumorale existante.